ELEGANCE

Vos souliers ont une âme | Olga Berluti

7 October 2018
Olga berluti et classycolibri, Boutique Berluti, 26 rue Marbeuf, Paris - photo ©classy colibri

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Depuis toujours le soulier est la touche qui fait toute la différence dans le dressing d’un homme et dans le soin qu’il donne à sa tenue. Admirateur des créations Berluti depuis plus de 20 ans, j’ai été très touché de recevoir une invitation à rencontrer la grande prêtresse du soulier, Madame Olga Berluti.

Mon épouse à mon bras et ma plus belle paire d’Alessandro aux pieds, je me suis rendu à la soirée dans la mythique boutique Berluti de la rue Marbeuf à Paris. En présence d’invités particulièrement bien chaussés et d’Antoine Arnault, directeur général de Berluti, nous avons célébré la nouvelle collection de la ligne Berluti Art crée par Olga Berluti.

Durant cette élégante soirée, Elle-colibri et moi avons eu l’immense plaisir de converser avec Olga Berluti. Je l’ai trouvée chaleureuse et pleine de vivacité d’esprit, à la fois humble et fière lorsqu’elle parle de sa carrière et de son travail. Je suis toujours fasciné de découvrir que les personnes ayant réussi à partager leur passion et qui ont eu une belle reconnaissance – qu’elle soit commerciale, populaire ou médiatique – semblent avoir en commun le désir et l’anticipation de nouveaux projets à réaliser et de nouveaux challenges à poursuivre.

Olga est la petite-fille du fondateur de la Maison Berluti et le dernier membre de la famille à avoir tenu les rênes de l’entreprise familiale. Visionnaire, Olga a propulsé Berluti dans la modernité et en a fait une marque à part : la Maison Berluti se distingue par son savoir-faire d’artisan, sa virtuosité technique et sa créativité décalée.

Olga Berluti a mis au point le cuir Venezia, un cuir de veau au tannage exclusif à la Maison. Elle a cultivé des clients prestigieux comme, pour n’en citer que quelques uns, François Truffaut, Pablo Picasso, Yves Saint Laurent et Andy Warhol, pour lequel elle a créé le mocassin culte Andy en 1962. Surtout, Olga Berluti a élevé la patine au rang d’art, contournant les codes du bon goût avec légèreté et impertinence et révolutionnant le monde traditionnel de la chaussure pour hommes en y apportant de la couleur, à une époque où le soulier masculin ne se concevait que noir ou marron.

« La sagesse suprême est d’avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre du regard tandis qu’on les poursuit. »   William Faulkner

MA PASSION POUR BERLUTI

J’ai eu le coup de foudre pour les souliers Berluti dans les années 90, initié par un ami portant des Alessandro de Berluti, couleur tabac, et les décrivant comme le bien le plus précieux qu’un homme puisse avoir dans sa garde-robe…

Peu de temps après, lors d’un voyage à Paris, je me baladais rue Marbeuf admirant les vitrines de Smalto, à cette époque référence ultime en terme d’élégance masculine. Rêveur, j’ai continué ma promenade sur ce trottoir et quelques pas plus loin découvris la fameuse boutique Berluti… Je n’ai pas osé pousser la porte de ce temple du soulier et suis resté devant cette vitrine, prenant plein les yeux de cuir et de patines de toutes teintes. Richelieus, derbys, mocassins, en caramel, cognac, noir sombre, bleu, vert, prune, certains rapiécés, d’autres en scritto… Devant la boutique, un chauffeur attendait à côté d’une Mercedes 500 le retour de son patron. Ce dernier me croisa quelques instants plus tard d’un pas assuré, portant deux sacs vert foncé laissant apparaître des pochettes rouges et violettes protégeant ces joyaux dans leurs embauchoirs.

Depuis ce jour-là j’ai rêvé de posséder un jour des souliers Berluti qui compléteraient ma tenue Smalto (toujours en rêve) à l’occasion d’une soirée élégante au bras d’une ravissante créature… Mon rêve s’est finalement réalisé au début des années 2000 quand je me suis offert ma première paire de Berluti : l’emblématique modèle Olga III en cuir scritto, couleur cognac, qui fait toujours partie de mon vestiaire et que je porte occasionnellement avec pur bonheur et grande fierté ! En franchissant le seuil de la boutique Berluti du boulevard Saint-Germain – à cette époque au 171, pratiquement en face du Café de Flore – j’’ai eu la chance d’être accueilli et servi par Thierry du Sorbier, directeur de la boutique, qui à depuis pris sa retraite. Ma première « chaussée », guidé par cet homme chaleureux et drôle, qui portait les codes du gentleman, ne fit que me confirmer qu’il était grand temps de marcher Berluti au pieds.

J’ai au fil des années eu le plaisir de connaître plusieurs représentants de la Maison, notamment Luigi Pace, directeur adjoint de la boutique de la rue du Faubourg Saint-Honoré, qui trouve toujours une solution pour répondre à vos attentes en termes de patine, de délai ou de suivi lors de vos déplacements. Cédric Lécuyer, anciennement de la rue du Faubourg Saint-Honoré et maintenant directeur adjoint de la mythique boutique Berluti de la rue Marbeuf, m’assiste à chaque visite avec beaucoup d’amabilité et de compétence. Entrer chez Berluti conduit toujours à un moment de plaisir et de raffinement.

BRÈVE HISTOIRE DE LA MAISON BERLUTI

Berluti est une maison française fondée en 1895 par le jeune Alessandro Berluti, qui quitte son Italie natale et s’installe comme bottier à Paris. Son savoir-faire sur mesure façonne sa reputation de bottier talentueux. Il dessine un soulier à lacets fait d’une seule pièce de cuir et ne présentant aucune couture apparente : ainsi est né le soulier Alessandro, symbole de la maison Berluti. Chaque génération Berluti revisitera l’Alessandro et le modèle se transformera harmonieusement au fil du temps, restant l’expression la plus pure du style Berluti.

Le fils d’Alessandro, Torello, saura profiter des années folles pour conquérir une belle clientèle parmi la jet-set, les artistes et l’intelligentsia. En 1928, Torello ouvre le premier atelier-boutique Berluti, d’abord rue du Mont-Thabor puis au coeur du Triangle d’Or, près des Champs-Elysées, au 26 rue Marbeuf.

Son fils unique Talbinio fera surfer la maison familiale sur la vague des trente glorieuses et, pour satisfaire une clientèle désormais internationale, plus jeune et toujours pressée, en révolutionnera l’activité en lançant le prêt-à-chausser de luxe Berluti, dans le pur respect du savoir-faire bottier.

Dans les années 60, Olga rejoint l’entreprise familiale et s’efforce de faire sa place au sein de la Maison Berluti où elle impose son sens artistique et son désir d’innovation.

Après l’acquisition de Berluti par le groupe LVMH en 1993, Olga Berluti continue d’en assumer la direction artistique jusqu’en 2011. Alessandro Sartori (précédemment chez Zegna) lui succède. En septembre 2016, Haider Ackermann est nommé directeur artistique, suivi de Kris Van Assche en avril 2018.

LE SOULIER HOMME DEVENU OBJET DE DÉSIR

Pour l’homme élégant d’aujourd’hui, amateur avisé de belles et bonnes choses, le soulier est la signature d’une allure. Cet homme ne porte pas de chaussures mais des souliers, parle autant de cirage que de glaçage et sait qu’un beau soulier, comme un grand cru, se bonifie avec le temps et gagne en patine et en souplesse. Il acquiert même une âme, diront certains, citant Olga Berluti !

« Vos souliers ont une âme. »  Olga Berluti

Aux yeux d’Olga Berluti, rien n’est plus beau qu’un soulier déjà porté, culotté par le temps, dont la couleur a passé par endroits.

C’est sans doute grâce à Olga Berluti que le soulier a initié sa transformation d’objet d’utilité en objet de désir. Berluti a été la première Maison à présenter et à traiter le soulier de façon aussi noble que le vêtement, créant ainsi le marché de la chaussure masculine haut de gamme et donnant ses lettres de noblesse à une spécialité considérée jusque là comme accessoire.

Dessin, cuir, assemblage, patine et glaçage font de chaque soulier un modèle unique, une création résultant du savoir-faire et de l’artisanat de la Maison Berluti. Dans ce monde de fabrication de masse, ces beaux souliers se distinguent. Et font le bonheur de ces hommes qui, comme moi, apprécient l’élégance classique avec un soupçon de flamboyance !

LA PATINE BERLUTI

On repère l’homme de goût à la patine de ses souliers. La patine, c’est l’ensemble des techniques de coloration et décoloration du cuir, par l’application de solvants, huiles essentielles, pigments et teintures. La patine de couleur est réalisée à la main par des experts coloristes. Cette technique donne à la chaussure une couleur unique, mais aussi une profondeur unique.

Les règles de l’élégance traditionnelle ne contemplaient autrefois que deux teintes de souliers, marron et noir, et ces règles imposaient de ne pas porter de chaussures marron après 18 heures, no brown after 6. Constatant le peu d’originalité dans le vestiaire masculin, Olga Berluti défia les règles de la couleur en mettant au point la patine Berluti et permettant d’imaginer une gamme de couleurs infinies.

Classy colibri on Berluti

Certaines teintes sont emblématiques de l’esprit de la Maison Berluti : Feuille d’Automne, Caviar, Rouge Saint-Emilion, Nero Grigio, ou encore le célèbre marron Tobacco Bis, hommage à l’ambre chaud des premiers modèles « Alessandro » de 1895 | ©Berluti

Lors de notre rencontre, Olga Berluti m’a parlé de l’effet de la lumière de la lune sur la dépigmentation du cuir, confirmant ainsi la légende selon laquelle c’est en constatant cet effet qu’elle travailla sur la patine Berluti : un jeu de couleurs, de contrastes et de transparences qui confère à chaque soulier sa signature.

Comme pour une œuvre d’art, le coloriste jongle avec les pigments, joue avec les teintures et les huiles essentielles. La patine peut ainsi être torturée (riche en dégradés de tons), flammée (avec la présence de légers traits) ou nuageuse (avec des effets de fumée). Toutes ces techniques peuvent bien sûr s’appliquer sur l’ensemble du soulier, ou simplement par endroits, sur la tige, l’empeigne, le bout. Aucune paire de souliers Berluti ne se ressemble.

J’aime admirer le travail du coloriste en m’installant au « bar à patine » : des établis jonchés de brosses, d’éponges et de bouteilles d’huiles essentielles et d’encre multicolore qui prennent place de choix dans les boutiques Berluti.

Classy colibri on Berluti photo Pol Baril for Berluti

Le soulier richelieu « Alessandro » de la Maison Berluti à ses différentes étapes de patine | Photo Pol Baril for Berluti | ©Berluti

LE TATOUAGE BERLUTI

C’est en 2003 qu’Olga Berluti lance, après des années de recherche, une technique de tatouage sur cuir. Un procédé artisanal et d’une grande précision : le tatouage est réalisé avec une aiguille et des pigments, point par point, par un tatoueur spécialisé, encré à même la peau du cuir Venezia, le cuir emblématique de la Maison Berluti. Là aussi, comme pour la patine, il n’y a de limite que l’imagination des clients. Outre les modèles de tatouages proposés par la Maison Berluti, le client a aussi la possibilité de faire encrer son propre dessin.

Classy colibri on Berluti photo Pol Baril for Berluti

Le mocassin « Galet » de la Maison Berluti avec tatouage asymétrique | Photo Pol Baril for Berluti | ©Berluti

En accord avec l’esprit innovateur instillé par Olga Berluti, la Maison Berluti a fait appel à Scott Campbell, un tatoueur basé à Brooklyn dont les encrages sont considérés comme des œuvres d’art. Les stars américaines ne jurent d’ailleurs que par lui : Marc Jacobs, Josh Hartnett, Orlando Bloom, Helena Christensen…. Tous possèdent un ou plusieurs « Scott Campbell ». Cet artiste a mis au point une série de tatouages exclusifs pour Berluti : motifs graphiques, calligraphies, bestiaire réinterprété, inspirations rock and roll, vintage, signes astrologiques ou chinois…. De l’art contemporain adapté à l’univers bottier et maroquinier, qui donne à la personnalisation des chaussures, sacs ou ceintures toujours plus d’audace.

LE CUIR VENEZIA DE BERLUTI

Pour pouvoir réaliser des patines aussi chatoyantes que des laques japonaises, il fallait le support parfait. C’est Olga Berluti qui met au point ce cuir de veau au tannage exclusif à la Maison et qui produit un cuir particulièrement souple, d’un grand confort, et qui permet de mettre en valeur toute la palette de couleurs. Les souliers sont découpés dans les parties les plus nobles de la peau, écartant tout défaut.

Classy colibri on Berluti - comment bien lacer ses souliers, le noeud Berluti

Comment bien lacer ses souliers : le noeud Berluti

LE NOEUD BERLUTI

Olga Berluti introduit le nœud Berluti dans les années 1970 afin de permettre aux hommes élégants de bien lacer leurs souliers. L’héritière de la famille avait trouvé l’inspiration auprès d’un autre héritier, royal celui-ci, et fidèle de la Maison. Le duc de Windsor tenait en effet de sa grand-mère un nœud à double boucle qui empêchait ses lacets de se défaire lors de parades militaires ou cérémonies officielles.

Depuis, le nœud Berluti, aussi infaillible que simple à exécuter, se transmet de fidèles en fidèles, et ne se défait que lorsque son propriétaire l’a décidé, en tirant sur les deux lacets à la fois.

Apprenez à l’exécuter, grâce à cette vidéo : Berluti – la leçon de laçage.

LA LEÇON DE CIRAGE PAR OLGA BERLUTI

Il n’y a aucune excuse pour des souliers dont la patine ou l’entretien laisse à désirer. Les tutos sur YouTube montrant comment cirer et faire briller ses souliers sont didactiques et leurs conseils très faciles à appliquer. Ce n’est pas une question de moyens, si ce n’est de moyens que l’on se donne ! Un entretien même effectué avec des produits de qualité n’est pas onéreux, mais il demande un peu d’huile de coude.

A visionner sans modération, Berluti – la leçon de cirage, une leçon de cirage dispensée par Olga Berluti elle-même sur une paire d’Alessandro de la gamme Démesure. Outre la voix d’Olga Berluti et la poésie liée au nettoyage, cirage et glaçage du soulier, la qualité didactique de cette leçon, sur accompagnement de musique classique, ne peut que vous motiver à passer à l’action, brosse et patte de coton à la main !

OLGA BERLUTI ET LE CINÉMA

Les liens d’Olga Berluti avec le cinéma sont très étroits et, à la ville comme à la scène, elle a pu mettre son talent aux pieds de nombre de stars de l’écran.

« Vos souliers sont des rêves d’enfant dans des têtes d’adulte. »   Sergio Leone à Olga Berluti

Plusieurs fois nommée aux Césars pour différents films (dont Farinelli et De guerre lasse), elle reçoit en 1986, avec Catherine Gorne-Achdjian, la récompense suprême pour les costumes de Harem, le film d’Arthur Joffé avec Nastassja Kinski et Ben Kingsley.

LE SERVICE BERLUTI

Outre le savoir-faire, la qualité, l’innovation et la beauté de ses produits, Berluti se distingue par la qualité de son service. Une fois client de la Maison, vous êtes connu et reconnu lors de vos visites et le personnel se fait un devoir de satisfaire vos désirs, de comprendre vos habitudes, de définir vos goûts, mais aussi de partager son savoir et de conseiller. Même si vous ne faîtes aucun achat, vous aurez très certainement eu une intéressante conversation avec un autre passionné !

Lui-colibri

Berluti | 26, Rue Marbeuf | 75008 Paris | France | +33 1 53 93 97 97 | berluti.com

Boutique Berluti, 26 rue Marbeuf, Paris - photo ©classycolibri

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Boutique Berluti, 26 rue Marbeuf, Paris - photo ©classycolibri

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